J'ai pas tué, j'ai pas volé
     Que se cache-t-il donc dans cette expression prononcée avec une certaine candeur? Une certaine autosatisfaction ou un besoin de se prouver que l'on n'a rien fait de mal ni de très grave? Et l'on oublie tout simplement la notion d'offense, petite ou grande, à travers nos manques d' amour. . .
     Quelqu'un me disait récemment : " il manque un peu de douceur à notre monde de brutes ".Justement, cette douceur c'est celle du pardon. Un mot tellemenent dense, qu'il met en scène deux personnes: celui qui pardonne et celui qui reçoit le pardon. Donner n'est pas toujours évident.
     Pardonner fait appel à bien plus surtout quand il y a préjudice physique ou moral... C'est d'abord faire preuve d'indulgence en pensant que l'auteur de l'incident ne l'a pas fait exprès. Mais que la tentation est grande de s'abriter derrière la morale pour signifier son mécontentement !
Si seulement je pouvais apostropher ceux qui par téléphone m'invitent à recevoir un cadeau, tout cela pour me faire consommer davantage. Tout ça parce que j'ai 50 ans ! Où l'ont-ils découvert ? J'ai du mal à garder mon sang froid envers tous ceux-là qui débitent des monologues stéréotypés. En fait j'ai du mal à pardonner cette entrée intempestive dans ma vie privée. . .
 
     Mais voilà, l'actualité m'interpelle plus profondément avec le pardon donné par la mère d'Andréas Santoro( 1), ce prêtre assassiné par un jeune de 16 ans soigné en psychiatrie. .. Ce pardon va très loin, il bouleverse le père du meurtrier qui reconnaît la bonté de cette "mère excellente et courageuse ". Toujours à propos du pardon, une des dernières lettres d'André faisait part de ses raisons d'aimer. Là est la clef de bien des maux de ce monde. Encore faut-il actionner cette clef et ouvrir la porte d'un univers différent et échanger autre chose que le banal train-train quotidien...      Il écrivait " Il faut faire à haute voix son examen de conscience, sans peur du passé. C'est de l'humilité face à ses propres erreurs que peut naître la réconciliation ". Et si seulement un peu de cette humilité pouvait se glisser dans le traditionnel " J'ai pas tué, j'ai pas volé ".
     Demander sincèrement pardon n'est pas facile. Il faut du temps et une certaine audace pour se regarder dans le miroir et analyser ce qui ne va pas en soi.
     La tentation est grande de se retirer dans l'oubli. Au fond, effacer l'ardoise d'une sale histoire peut sembler facile. Il faudrait pouvoir recommencer à zéro en reprogrammant ses souvenirs comme si rien ne s'était passé. Mais pardonner ou demander pardon n'est pas oublier. C'est avoir les yeux ouverts et aller retrouver l'autre à ce carrefour où l'on a fait fausse route. Il faudra peut-être du temps et du détachement pour l'apprivoiser en vérité.
     Celui qui reçoit le pardon a besoin d'être aimé de cet amour inconditionnel qui l'a précédé avant sa naissance. Il a besoin de s'entendre dire ce que Dieu faisait dire au prophète Isaïe : " Tu as du prix à mes yeux, ton nom est inscrit sur la paume de mes mains ". C'est de cette vie, de cette sève qui déjà prépare le printemps, dont nous avons besoin pour sortir de nos hivers respectifs.
Gaby Leymarie
(1) Le 5 février, le père Andréas Santoro, un prêtre italien qui exerçait son ministère auprès des prostituées en Turquie a été assassiné par un déséquilibré à l'issue de la messe qu'il venait de célébrer.